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    Sommaire

     

    Chapitre 1 * Chapitre 2Chapitre 3Chapitre 4Chapitre 5

    Chapitre 6 * Chapitre 7Chapitre 8 * Chapitre 9 Chapitre 10

    Chapitre 11 * Chapitre 12Chapitre 13Chapitre 14Chapitre 15

    Chapitre 16 Chapitre 17 * Chapitre 18 Chapitre 19Chapitre 20

    Chapitre 21 * Chapitre 22EpilogueRemerciements

     

     

    /!\ Informations /!\ 

    Dans le cours de l'histoire, certains passages, mots ou images sont classés +18 ans, suggestifs, mais en aucun cas à caractère pornographique.  Une phrase d'alerte sera mise en haut du chapitre quand celui-ci sera suggestif. 

     

    La parution des chapitres se fera automatiquement le mardi, jeudi et samedi. Bonne lecture :)

     

      


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    Le regard perdu à l'horizon, les doigts serrés sur les accoudoirs, les gouttes de sueur sur mon front, je repense à ma vie avant mon accident. Cette vie pour laquelle je me suis battue, les heures que j'ai passées pour être la meilleure dans ma discipline, cette vie que je n'ai plus. 

    En un dixième de seconde, ma vie est passée de la lumière aux ténèbres. J'étais une grande patineuse, la grande Camille Roy, médaillée Olympique de patinage artistique. J'étais promue à un grand avenir, je mettais préparée pour les championnats mondiaux, puis lors d'un entraînement, une grave chute m'a fait me retrouver dans ce fauteuil. Privés de mes jambes, je ne serais plus capable de patiner. Autant dire que ma vie s'est arrêté ce fameux jour.

    - Camille, votre kiné vous attend, me dit une infirmière.

    Je soupire, un kiné, pourquoi faire ? J'entends les pas lourds de la femme s'approcher de moi. Je ne veux pas sortir d'ici, je ne veux pas de kiné, je veux que l'on me laisse tranquille. J'aimerais mourir, m'endormir pour ne plus jamais me réveiller.

    La femme se penche à côté de moi, passe sa main chaude sur ma joue froide. C'est Annabelle, l'infirmière que je préfère. Elle aurait pu être la mère que je n'ai jamais connue, elle aurait pu me donner l'amour maternel qui m'a fait défaut. 

    - Je n'ai pas envie d'y aller, je suis fatiguée, soupirais-je.

    - Allé mon enfant, il faut faire les exercices, Taylor Marshall t'attend.

    Je ne connais pas cet homme, j'ai une sainte horreur de rencontrer des inconnus et dans cet hôpital, j'en rencontre, c'est pourquoi je préfère rester dans ma chambre. 

    Annabelle enlève les freins de mon fauteuil et me pousse vers la porte. Je résiste en remettant le frein. Elle se met devant moi, et s'agenouille. 

    - Tss ma douce, tu dois y aller, c'est pour ton bien, et qui sait, un jour, tu pourras de nouveau marcher.

    - Annabelle, s'il te plaît, laisse-moi dans ma chambre, grondais-je. Il a qu'à venir ici. 

    Annabelle me caresse de nouveau la joue, ça me fait un bien fou. Elle fronce les sourcils et semble réfléchir. Je l'aime bien. En fait, c'est la première personne que j'ai vue en sortant du coma. Je suis restée endormie pendant deux mois, ma tête avait violemment frappé la glace de la patinoire où je m’entraînais, j'ai perdu connaissance de suite. Un paparazzi avait figé mon accident avec son appareil photo, mon corps inerte et ensanglanté avait fait le tour du monde. 

     

    **

    Ça fait dix minutes que je fais les cent pas dans la salle de kinésithérapie. J'avais rendez-vous avec la jeune Camille Roy, mais elle se fait attendre. Comme si je n'avais qu'elle comme patient. Je retourne à ma table de travail et je regarde mon agenda au cas où je me sois trompé d'heure. Non aucun doute, j'avais bien rendez-vous avec elle à 16 h. Je m'assois et je remplis des dossiers en l'attendant, autant finir de remplir la paperasse, je débaucherais plus tôt. 

    Je finissais de remplir le deuxième dossier quand on frappa à la porte. Je regarde la pendule, qui est accrochée au-dessus de la porte, 16h45, autant dire que c'est mort pour la séance. Ça m'énerve, je sens la colère m'envahir, mais je tente de m'apaiser. C'est une patiente qui n'accepte pas son état, je ne vais pas lui crier dessus, ça n'arrangerait pas les choses. 

    - Entrez, lançais-je un peu trop sèchement à mon goût.

    Ce n'est pas la jeune Camille qui se trouve derrière la porte, mais Annabelle, l'infirmière en chef du service. C'est un ange avec ses patients, mais elle peut devenir un ogre si on ne suit pas ses règles à la lettre, autant dire, qu'il faut la caresser dans le sens du poil. 

    Elle s'avance à ma table de travail, les sourcils froncés. Ça n'augure rien de bon. 

    - Je ne sais pas quoi faire avec la jeune Camille, elle ne veut pas sortir de sa chambre, soupire-t-elle.

    - Et bien Annabelle, ce n'est pas votre genre d'accepter les caprices de vos malades, lui lançais-je en souriant. 

     Elle se laisse tomber sur la chaise qui fait face à ma table. 

    - Je sais, mais Camille est différente.

    - Différente en quoi ? Lui demandais-je curieux. 

    - Je ne sais pas, je me suis attachée à elle plus que je ne le devrais. 

    - Un côté mère poule refoulée peut-être. 

    Elle se leva brutalement de la chaise et posa ses deux mains à plat sur la table. Son visage avait repris sa hargne habituelle, celui qui faisait trembler les infirmières et les internes. Moi, elle ne me fait pas trembler, je la connais bien. 

    - Taylor, je ne vous permets pas....

    - C'est bon Annabelle, je plaisantais, la coupais-je. Et depuis quand tu me vouvoies ? 

    - Tu me fatigues, tu le sais ça. 

    Ah ça y est, j'ai retrouvé l'Annabelle que j'aime bien. Je me lève de mon fauteuil et pose ma main sur son épaule. 

    - Raconte-moi tout, lui demandais-je. Qu'a cette Mademoiselle Roy de si spécial ?

    Elle pose sa main sur la mienne et la serre légèrement. C'est une excellente infirmière en chef, et elle est intraitable avec ses patients, mais là, je ne la reconnais plus. 
    Elle prit une grande respiration et commença à me raconter la vie de la jeune patineuse. 

    Je savais pour son accident et les conséquences de son handicap, handicap qui n'est pas définitif si on en croit le neurochirurgien, par contre, niveau psychologie, c'est une autre histoire. Elle se renferme et ça, ce n'est pas bon. Un patient, qui se laisse aller, a plus de mal à retrouver une vie normale qu'un patient qui se bat pour revivre avec ou sans son handicap. 

    - Tu penses que tu pourrais lui faire faire des exercices dans sa chambre ? Je sais que d'ordinaire, tu préfères travailler ici, mais pour une fois, j'aimerais que tu changes tes habitudes.

    - Je pourrais effectivement, mais ce ne sera pas l'aider moralement, lui répondis-je. 

    Elle se lève et me pose une bise sonore sur la joue, elle me sourit comme si elle avait gagné alors que je n'ai pas dit oui. Comment fait-elle pour toujours gagner ? 

    - Je savais que tu serais d'accord, me lance-t-elle en prenant la porte.

    - Je n'ai pas dit oui, lui lançais-je ou plutôt lançais-je à la porte soudainement close. 

    Je soupire et me remets à ma table, je prends le dossier médical de Camille Roy et le lit de nouveau. Je débauche dans 10 minutes, je passerais voir ma patiente avant de quitter mon travail. J'ai un rendez-vous avec mes potes au bar pour notre partie de fléchettes hebdomadaire. 


    Avant de partir, je décide d'aller parler à Camille Roy. Je frappe un coup à la porte et j'entre. La pièce est sombre et je distingue la forme allongée dans le lit. Je sais qu'elle ne dort pas, je perçois ses pleurs silencieux à travers les couvertures. Je décide de la laisser, discuter avec elle maintenant, serait la braquer, chose que je ne souhaitais pas. 

    Je referme doucement la porte et quitte l'hôpital. Demain est un autre jour.  

     


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    Je regarde ma montre, 23h30, finalement, j'ai passé un bon moment avec mes potes, même si j'ai perdu ma partie de fléchettes. Je tape mon code au digicode pour rentrer dans ma résidence, mon appartement n'est pas très grand, mais il a l'avantage d'être près de mon boulot. 

    Le gardien me tend mon courrier, des factures. Je le remercie et monte dans l'ascenseur. Tandis que la cabine monte à mon étage, je repense à la jeune Camille. Je ne connais rien en patinage en fait, je ne suis jamais le sport. J'ai passé mes années d'études dans une bibliothèque à éplucher tout les manuels de médecine. 

    J'ouvre ma porte, balance les factures sur la table de l'entrée, jette mon blouson sur le sofa et je file sur mon pc, une petite recherche sur Google me permettra d'en savoir plus sur ma patiente. 

    La photo qui s'affiche sur mon écran me fait froid dans le dos, je suis pourtant habitué à ce genre de chose, mais quand je vois ce corps sur la glace et la marre de sang, j'imagine que le choc a été terrible. Les journalistes n'ont pas de cœur pour mettre ça sur leurs couvertures, j'imagine très bien la réaction de la jeune femme si elle a vu ça. J'ai mal pour elle, avoir été une athlète de haut niveau et se retrouver dans un fauteuil doit être très dur. Je vais devoir y aller doucement avec elle. 

    J'éteins mon pc et je file sous la douche. Ma journée a été longue et la fatigue commence à se faire ressentir. Je balance mes fringues dans le panier de linge, il faudra que je songe à descendre à la laverie, demain peut-être. J'allume le jet d'eau chaude et me glisse dessous. La chaleur de l'eau me détend les muscles, je soupire d'aise. J'attendais ça depuis des heures. Je me lave rapidement et me glisse, nu, dans mes draps. Le sommeil m'emporte à peine, je pose ma tête sur l'oreiller. 

    Chapitre 2

     

    *** 

    Il est 3h du matin, mes yeux sont fixés sur le plafond blanc, d'ailleurs tout est blanc dans cette chambre, je déteste cet endroit. Il m'arrive souvent de vouloir sortir, mais mon corps me rappelle que je ne peux plus marcher, que je suis bloquée sur ce lit. Les larmes coulent sur mes tempes et mouillent mon oreiller. 

    Chaque jour ou plutôt chaque nuit, je me demande ce que j'ai fait de mal pour subir ça. Moi qui étais une femme indépendante, me voilà dépendre de chaque personne. Annabelle est une femme extraordinaire, c'est la seule personne avec qui je parle vraiment parce que c'est la seule qui ne me regarde pas avec cet air de désolation. 

    Hier soir, j'ai entendu la porte s'ouvrir, je savais que ce n'était pas elle, je n'avais pas reconnu son pas et surtout une odeur d'after-shave avait empli la pièce, un parfum que je ne connaissais pas. J'ai essayé de ne pas bouger, l'intrus est reparti en fermant doucement la porte, j'imagine qu'il s'était trompé de chambre. 

    Les journées sont longues, mais les nuits le sont encore plus. Dans une heure, la veilleuse de nuit va passer voir si tout va bien, une fois de plus, je ferais semblant de dormir pour éviter une conversation que je ne souhaite pas. Je n'arrive plus à dormir, dès que je ferme les yeux, je revois ma chute, l'angoisse me compresse la poitrine, j'ai mal à l'intérieur. Alors je reste éveillée et je repense à ma vie d'avant. 

    Mon quotidien était réglé comme du papier à musique, je me levais à 6h chaque matin, j'avalais un verre de jus d'orange et je partais faire mon jogging, ensuite, je rentrais, prenais ma douche, m'habillais et prenait mon petit-déjeuner servi par la gouvernante de mon père. Adèle a été une mère de substitution pour moi, ma mère nous ayant quitté alors que j'avais 3 ans. Elle est partie, sans un regard en arrière, avec un guitariste d'un groupe de métal. Je n'ai jamais eu de ses nouvelles, pas une lettre, pas un coup de téléphone et encore moins depuis mon accident. J'ai fait une croix sur elle à mes dix ans. 

    Mon père a quitté ce monde il y a trois ans, une attaque foudroyante. Je vis seule depuis la vente de la maison de mon père pour éponger les dettes qu'il avait contracté. Adèle est retournée chez sa sœur malade, elle me téléphone tous les deux jours pour me raconter ses journées, elle ne me demande jamais comment je vais, pas besoin de se le dire pour savoir que je vais mal. 

    Chapitre 2

     La porte s'ouvre, l'infirmière s'approche de mon lit, j'ai les yeux fermés, mais mes larmes me trahissent. 

    - Vous n'arrivez pas à dormir, me chuchotte-t-elle.

    J'ouvre les yeux et lui répond. 

    - Non, comme chaque nuit depuis des semaines.

    Je sais que je suis sèche dans mes réponses, mais je n'y peux rien. Elle ne s'en formalise pas, elle repart dans le couloir et revient avec une pilule et un verre d'eau. C'est un somnifère, elle me le tend, je le pose sur ma langue et avale une gorgée d'eau. Je sais que je vais m'endormir dans peu de temps, dans un sommeil profond et sans rêve, un sommeil réparateur pour une nouvelle journée inerte.  

    Chapitre 2

     

    ***

    Un rayon de soleil me réveille, j'ai oublié de fermer mes rideaux hier soir. Comme tous les matins, mon bas-ventre se réveille, j'attends un peu avant de me lever. J'attrape mon portable pour regarder l'heure, il est 6h30, je prends mon service dans trois heures. J'ai le temps d'aller laver mon linge avant d'embaucher, n'ayant plus qu'un boxer de propre, il faut absolument que j'y aille. 

    Je m'étire et me lève, je passe par la salle de bain enfiler mon peignoir et soulager ma vessie. Dans la cuisine, j'allume ma cafetière et en attendant que le café coule, je regarde ma boite mail. J'ai reçu mon planning de la journée, j'ai rendez-vous dès le matin avec la jeune Camille, Annabelle m'a libéré deux heures pour mon entretien avec la jeune femme, c'est ce qu'il me faut généralement pour une première approche. 

    Alors que je bois mon café sur le comptoir de la cuisine, mon téléphone sonne, le visage de ma mère s'affiche sur l'écran. 

    - Bonjour maman, lâchais-je, tu es au courant qu'il n'est que 7h du matin.

    - Je savais que tu étais levé, tu as toujours été un lève-tôt. 

    Je soupire. J'aime ma mère, mais pas dès le réveil. 

    Chapitre 2

     - Que me vaut l'honneur de ton appel cette fois ?

    - Comme si je t'appelais juste pour te demander un service, me répondit-elle, j'ai parfois juste l'envie d'entendre la voix de mon fils. 

    Mouais, je me demande pourquoi je n'y crois pas une seconde. Le silence s'installe puis elle soupire. 

    - En fait si, j'ai un service à te demander.

    - Je le savais, m'exclamais-je, aller, balance. 

    - J'ai un dîner demain soir, et il me manque une personne pour accompagner la fille de l'ambassadeur, tu crois que tu pourrais te libérer. 

    Et voilà, comme toujours, elle essaye de me refiler une quelconque fille à marier. Parfois, j'ai l'impression qu'elle cherche toutes les filles célibataires dans la ville pour me décrocher un rendez-vous. La semaine dernière, elle m'a même demandé si je n'étais pas gay. La bonne blague. Je suis tout ce qu'il y a plus comme hétéro, sauf que je n'ai pas trouvé la perle rare qui voudra bien me supporter quotidiennement. Des femmes, j'en trouve, généralement pour une nuit ou juste pour passer un bon moment, mais aucune n'a accroché mon cœur, et certainement pas les vieilles filles que me dégote ma mère. 

    - Je ne peux pas demain soir, j'ai un rendez-vous.

    - Avec une fille ? Me lance-t-elle surprise. 

    - Non, avec un pote, nous partons tout le week-end pour pêcher. 

    - Tu ne peux pas repousser ? 

    - Non. 

    - Tu es vraiment un fils indigne, pour une fois que j'ai besoin de toi. 

    Chapitre 2

     Et voilà les grands mots. Elle me sort toujours cette phrase quand je n'obtempère pas à ses demandes. Avant, je me laissais avoir, mais plus maintenant. 

    - Tu as toujours besoin de moi maman, et moi, j'ai besoin de m'évader le temps d'un week-end. Je dois te laisser, j'ai à faire. Je t'embrasse.

    Je ne lui laisse pas le temps de répondre, je raccroche, avale mon café tiède, lave mon mug et file m'habiller. Je dois aller laver mon linge. 

     


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  • Comme chaque matin, c'est Annabelle en personne qui vient faire ma toilette. Je suis sa petite protégée comme elle dit, elle me fait du bien moralement. Elle est douce avec moi, même si elle me brusque parfois surtout quand je me laisse aller. 

    - Le kiné va venir te voir ce matin ma belle, vu que tu ne veux pas sortir de ta chambre.

    - Je n'ai pas besoin d'un kiné Anna, répondis-je. 

    - Bien sûr que si, tu dois muscler tes jambes au cas où un j...

    - Je ne remarcherais jamais, coupais-je sèchement, je ferais mieux de rentrer chez moi.

    - C'est ça, je vais te laisser te terrer dans une maison vide, n'y compte pas jeune fille. 

    Elle finit de me brosser les cheveux, je pourrais le faire, mais elle préfère le faire. Elle va poser mes affaires de toilettes dans le cabinet de toilette et appelle une aide-soignante pour refaire mon lit.  

    Chapitre 3

     Un infirmier apporte un fauteuil, pour le kinésithérapeute m'a-t-il dit, je suis étonnée, il y a déjà un fauteuil dans ma chambre, Monsieur serait-il spécial pour avoir son propre fauteuil ? Je ne l'ai jamais vu, mais vu comment tout le monde en parle, j'imagine un tombeur. Le genre de mec que je déteste. Après, s'il fait bien son boulot pourquoi pas. 

    Annabelle quitte ma chambre, je me retrouve seule, ce qui ne me dérange pas du tout. La solitude et le silence sont mes amis depuis quelque temps. Je regarde le paysage par la fenêtre, il fait super beau aujourd'hui, l'été reprend sa place. 

    Un coup sec frappé à ma porte m'a fait sursauté, je n'ai pas eu le temps de retourner mon fauteuil, ni de répondre que la personne a ouvert la porte. Une odeur d'after-shave envahi ma chambre, la même qu'hier soir. C'est le kiné. 

    - Bonjour Mademoiselle Roy, je suis Taylor, le kiné. Je viens vous faire faire des exercices, m'annonce-t-il d'une traite.

    - Pourquoi faire ? Répondis-je sèchement. Vous comptez me refaire marcher par des massages ? 

    - C'est le but en effet, me répondit-il calmement. 

    Il s'approche de mon fauteuil, je le vois de face. Il est pas mal en fait, je m'attendais à un homme plus vieux. Il doit avoir la trentaine à tout cassé. Il a les cheveux en bataille, à croire qu'il n'a pas eu le temps de se coiffer ce matin.  

    Chapitre 3

     Avant que je ne lui réponde, il me porte dans ses bras pour me déposer sur le fauteuil qu'on a apporté tout à l'heure. Je n'ose pas le regarde en face, j'ai peur de croiser son regard et y voir de la pitié, comme j'en vois souvent. Il se réchauffe les mains sur son pantalon et commence à me masser les jambes. Je ne sens pratiquement rien et vu qu'il ne me parle pas, je regarde par la fenêtre et de temps en temps, je jette un œil vers lui. 

    Il est pas mal du tout en fait, musclé, mais pas trop, il doit faire du sport, il n'a pas d'alliance, donc il n'est pas marié, une petite amie sûrement. En tout cas, il est très concentré sur ce qu'il fait. 

    Après le massage des mollets, il me tend et repli les jambes, l'une après l'autre, me masse de nouveau et recommence. Vu qu'il ne parle pas, je n'ose pas lui demander pourquoi il fait ça vu que je ne sens rien ou pratiquement rien. Je demanderais à Annabelle, elle saura sûrement me répondre. 

    Au bout de 45 minutes, il me passe une crème puis me remet mes chaussons. Il passe au cabinet de toilette se laver les mains et revient pour me remettre dans mon fauteuil. Il prend son dossier et note quelque chose, certainement ce qu'il a fait durant la séance.

    Enfin, il range son stylo Mont-Blanc et me fait face. Ses pupilles grises me fixaient et mes joues se sont colorées de rouge, j'ai baissé les yeux soudain timide. Quelle gourde, je n'ai jamais été timide, j'ai toujours rembarré les mecs, ma priorité était le patin. 

    Chapitre 3

    Il se baissa à mon niveau et se racla la gorge. 

    - Mademoiselle Roy, commença-t-il.

    - Camille, si on doit passer des mois à faire de la kiné, autant m'appeler par mon prénom, murmurais-je.

    Mais que m'arrive-t-il ? Je dis n'importe quoi, j'espère qu'il ne m'a pas entendu. Vu son sourire, il m'a entendu. 

    - Camille... Nous allons effectivement passer de longs moments ensemble et j'aimerais que ça se passe dans la salle de kinésithérapie, j'ai plus de matériels pour pouvoir travailler.

    - Pourquoi faire ? Je ne remarcherais jamais, soupirais-je, c'est du temps de perdu. 

    - Non, ce n'est pas du temps de perdu, et si, vous remarcherez. Pas tout de suite, mais un jour, ça arrivera. 

    - Si vous le dites. 

    - Bien, dit-il en se relevant, le déjeuner va être servi, je vous laisse tranquille pour aujourd'hui. On se revoit lundi matin, même heure.

    Il me serra la main et sortit. Je suis déçue. Je hausse les épaules en me traitant de tous les noms, déçue de quoi ? Il doit avoir une copine s'est obligé, on ne peut pas être beau comme il est et être célibataire. De toute façon, dans un mois, je sors de l'hôpital et je retourne chez moi, j'aurais un autre kiné. 

     

    ***

    Alors que j'allais m'asseoir devant le pc pour remplir le dossier de Camille Roy, Britney me poussa sur mon bureau. J'ai juste eu le temps de m'écarter avant qu'elle ne m'embrasse. Fait chier, quand est-ce qu'elle comprendra que nous deux s'est fini depuis des semaines. 

    - Mais qu'est-ce que tu fais à la fin, lâchais-je, n'importe qui pourrait rentrer.

    - J'en avais envie, me répondit-elle. 

    Je la fais sortir séance tenante et ferme mon bureau à clé. Mais qu'est-ce qui m'avait pris de sortir avec une infirmière ? Je suis vraiment un idiot, et surtout elle, mon pote Thomas, de la radiologie, m'avait bien dit de l'éviter comme la peste, mais non, mes hormones ont fait que je me suis retrouvé un soir avec elle dans mon lit. Je regrette ce jour-là, depuis elle me harcèle.  

    Chapitre 3

    Outre le fait que ce soit une bonne infirmière, c'est une chieuse à temps complet et superficielle de surcroît. Le genre de fille qui passe chez le coiffeur juste pour faire un brushing ou chez l'esthéticienne parce qu'elle a un poil qui pousse sur sa jambe. En gros tout le contraire de moi. Comme dirait Thomas, nous sommes incompatibles, tout le monde le sait sauf elle. 

    Elle tambourine à ma porte, m'ordonnant de lui ouvrir, je fais comme si je ne l'entendais pas. Dans une demi-heure, je pars en week-end avec Thomas.

    Le téléphone sonne, en voyant radiologie sur l'écran, je décroche. C'est Thomas justement, qui me propose de manger sur la place avant de rentrer. Pourquoi pas, j'ai la flemme de me faire à manger, je lui réponds qu'on se retrouve directement là-bas, que je dois finir de remplir un dossier. Je n'ose pas lui dire que Britney a forcé ma porte, il me rirait au nez ne me disant son éternelle phrase « Je t'avais prévenu. ».

    Je clique sur le dossier de Camille Roy et je note les soins que je lui ai prodigués, je note aussi qu'une discussion avec un thérapeute serait bien. Je sais qu'elle pourra remarcher si elle s'en donne la peine, son handicap n'est pas irrémédiable. Je note aussi sur un post-it, de prendre un rdv pour un nouveau scanner et ainsi voir l'étendu des dommages. 

    J'éteins mon pc et je file me changer, en croisant les doigts pour que Britney ne soit plus derrière la porte. 

    Ce n'est pas Britney, mais Annabelle qui se trouve derrière ma porte et vu son froncement de sourcils, ça va être ma fête, et pourtant je n'ai rien fait cette fois. 

    - Taylor, tu me déçois, me lance-t-elle.

    - Mais qu'est-ce que j'ai fait encore ? 

    - Je viens de croiser une Britney furieuse, que lui as-tu encore fait ? 

    - Mais rien voyons, c'est elle qui me harcèle. Je n'en peux plus, tu ne pourrais pas la muter dans un autre service ? 

    Chapitre 3

     Elle éclate de rire, mais pas un rire content, et là ça n'augure rien de bon.

    - Mais tu te crois où dis-moi Taylor ? Tu crois qu'il suffit que tu me fasses les yeux doux pour que j'obéisse à tes demandes ? Tu crois que d'un claquement de doigts, je peux trouver une infirmière compétente comme Britney ?

    - Tu me connais Annabelle, tu sais que je ne suis pas comme ça. 

    - Je te connais justement, c'est là le problème. Je suis épuisée, on en reparle lundi et par pitié, évite Britney, chasse ailleurs qu'au travail. 

    Elle ne me laisse pas le temps de lui répondre qu'elle descend les escaliers. Je retourne à mon bureau, je prends mon portable que j'avais oublié et je file rejoindre Thomas. Si ça continue, je vais partir exercer ailleurs, voir réouvrir mon cabinet, mais travailler ici avec la chieuse, ce n'est plus possible. 

     

    ***

    Je venais de finir mon repas quand je l'ai vu traverser la grande place et s'installer à une table avec un autre homme. Il est vraiment canon, surtout de derrière. Les papillons que j'avais ressentis quand il m'a fait mon massage, ont repris leur place dans mon ventre. Je n'avais encore jamais ressenti ça.

    Je me détournais de la fenêtre quand l'infirmière blonde vint me prendre ma tension et abaisser mes stores. Elle me donna un somnifère et m'aida à me mettre dans mon lit. Je ne sais pas pourquoi, mais je n'aime pas cette femme. Si je sais pourquoi, à chaque fois qu'elle entre dans ma chambre, elle me regarde de haut. 

    Chapitre 3

    Elle me souhaite une bonne nuit et referme la porte. Je regarde le plafond, comme tous les soirs, mais le cachet fait son effet et je m'endors rapidement, d'un sommeil sans rêve. 


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  •  J'ai passé un super week-end avec mon pote, partir pêcher et camper était une super idée. Dans le silence du lac, j'ai pensé à Camille Roy, je ne devrais pas, c'est ma patiente et en plus, elle est complètement perdue. 

    Annabelle m'a apporté un café, c'est le signe d'une trêve. Elle s'emporte, mais redescend rapidement, je l'apprécie énormément. Elle s'assoit sur la chaise en face de moi et commence à me parler de Camille. 

    - J'ai vu le dossier de la jeune Camille, je ne suis pas d'accord pour le thérapeute, elle n'en a pas besoin.

    - Je ne suis pas d'accord, parlé lui fera du bien, lui répondis-je, je la trouve repliée sur elle-même. 

    - Je lui parle beaucoup, et si elle se replie, c'est qu'elle ne veut plus être ici. Ça peut se comprendre. Je pense qu'il serait temps qu'elle retourne chez elle, les soins peuvent se faire à son domicile. 

    Chapitre 4

    Je sais qu'elle a raison, mais ça me peine, j'avais déjà programmé sa rééducation, savoir qu'un autre lui prodiguera des soins et pas forcément les miens, me met hors de moi. Pourquoi d'ailleurs ça me met hors de moi, je ne suis rien pour elle et je la connais à peine.

    Je ne la vois pas comme une patiente en fait, mais plutôt comme un défi, le défi de la revoir marcher et pourquoi pas remonter sur des patins. Je n'ai pas souvent de patient comme elle, qui ont perdu tout espoir et généralement, je fais tout mon possible pour qu'ils remarchent ou qu'ils deviennent autonomes.

    Je me lève et lui fait face, j'aimerais bien savoir ce qu'elle a en tête notre infirmière en chef.

    - Alors dis-moi, comment veux-tu qu'on procède ?

    - Je n'en sais fichtre rien, lança-t-elle.

    - Bien sûr que si, je te connais Annabelle, tu n'es pas venue ici juste pour m'apporter un café, tu as une idée derrière la tête.

    Elle soupire et se lève, me regardant droit dans les yeux, son froncement de sourcils est réapparu.

    Chapitre 4

     -Tu es le seul kiné entêté que je connaisse qui la fera remarcher. Tu es buté, mais patient, et je sais qu'elle te fait confiance.

    - Et comment sais-tu ça ? Demandais-je intrigué. Elle te l'a dit ?

    - Non, mais ce week-end, elle m'a dit que ton massage des jambes lui avait fait énormément de bien, qu'elle avait eu l'impression d'avoir moins de poids au bout de son corps.

    Intéressant, ça, pensais-je. Je me remets debout et fais face à la baie vitrée, Annabelle n'a pas bougé, elle attend. Attends quoi, ça je n'en sais rien. Je me perds dans mes pensées.

    - Taylor, je sais qu'au fond de toi, tu sais ce qu'il faut faire. Elle n'a plus personne qui l'attend dehors, si elle rentre chez elle, elle s'enfermera dans son handicap et ne remarchera jamais.

    - Je sais, murmurais-je.

    - Alors dis-moi que tu as une solution.

    Je continue à regarder dehors, une solution, je n'en ai qu'une, mais est-ce convenable ? Je me retourne pour faire face à Annabelle.

    - La seule solution que j'ai, c'est de l'emmener dans mon chalet et travailler jour après jour, sans relâche. Elle est capable de se laver seule et de s'habiller, ici, elle attend que tu le fasses pour elle. Tu l'as trop maternée.

    - Je sais ça, soupire-t-elle, mais c'est plus fort que moi, je materne les chatons abandonnés à leurs sorts. Tu veux que je lui en parle ?

    - Plus tard, j'ai une séance avec elle ce matin, je préfère qu'elle travaille un peu, elle aura la journée pour réfléchir à ma proposition.

    - Comme tu voudras.

    Elle pose sa main sur la poignée, tourne la tête vers moi et me lance.

    - Je savais que tu la prendrais en charge Taylor. Tu es vraiment une personne exceptionnelle.

     

    ***

    45 minutes plus tard, un coup frappé à ma porte m'annonce l'arrivée de ma patiente. Elle a quitté la chemise de l'hôpital et mit un tee-shirt et un pantalon de jogging, je suis content, c'est déjà un grand pas, elle ne se considère plus comme une malade.

    - Bonjour Camille, lui lançais-je, prête pour la séance ?

    - Oui, marmonne-t-elle. 

    - Parfais, je vais t'installer sur la table de massage, je vais t'étirer les jambes et ensuite te masser la colonne vertébrale. 

    Chapitre 4

    Comme elle soupirait d'aise, mes lèvres s'étirèrent, mais je repris vite mes esprits pour me concentrer sur ses muscles. Je lui ai étiré de nouveau les jambes, puis les ai manipuler autour de ses os de hanches, ensuite, je les ai massées et j'ai recommencé.

    À la fin de la séance, je lui ai demandé de faire des abdos, elle m'a regardé bizarrement. 

    - Faire travailler les abdominaux est essentiel, il faut faire travailler les jambes, mais aussi le corps, cela facilitera la station debout plus tard, lui expliquais-je.

    Elle commença une série de 10, son visage s'était coloré de rouge, pas par la timidité, mais par l'effort. Des gouttes de sueur commençaient à perler sur son front. 

    - Encore 5, lui demandais-je doucement, c'est bien Camille, je suis fier de toi.

    Elle me sourit et reprit les 5 abdos que je lui ai demandés. Je le savais qu'au fond d'elle s'était une battante, elle avait besoin de poigne et pas de maternage. Annabelle avait tendance à oublier que Camille était une sportive de haut niveau et pas une poupée que l'on devait dorloter. 

    - Très bien, maintenant, tu vas enlever tes vêtements et mettre une serviette, je vais t'enduire de crème pour apaiser tes muscles et éviter les contractures.

    Là par contre, elle est devenue rouge comme une pivoine, elle est vraiment charmante et à cette vision, mon corps d'homme a réagit. Foutu hormones. Je tire le rideau qui sépare l'espace de travail à mon bureau et vais directement au téléphone appeler Annabelle pour qu'elle vienne l'aider au cas où. Je lui explique que l'idéal serait que Camille le fasse toute seule, mais que sa présence était demandée en cas de pépin. Elle a accepté et est venue superviser la jeune femme. 

    Avant de partir, elle m'a fait un clin d’œil, a-t-elle remarqué que mon entre-jambe avait gonflé ? Non, je ne pense pas, je suis resté assis à mon bureau à taper sur mon clavier. J'attends un moment que le sang qui a afflué en bas se disperse et que mon entre-jambe reprenne sa taille normale avant d'aller rejoindre Camille. 

    Le plus dur reste à venir, poser mes mains sur sa peau douce et chaude risque de rappeler Paulo au garde-à-vous. C'est fou ça, depuis 7 ans que je pratique, je n'ai jamais eu ce genre de problème. 

    En l'entendant soupirer, je me suis repris et je l'ai rejoint. 

    - Prête ? Ça risque d'être froid au début, mais ensuite, tu vas ressentir une sensation de chaleur quand la crème pénétrera dans la peau.

    L'entendre gémir de bien-être a réveillé ma libido, j'ai senti ses muscles crispés se détendre. Finalement, je ne sais pas si c'est une bonne idée de l’emmener dans mon chalet, ça risque de mal finir ou pas. Bref, c'est une mauvaise idée. Faut que je parle à Annabelle. 

    À la fin de la séance, je l'ai aidé à s'asseoir sur la table, la serviette était légèrement descendue, montrant la naissance de sa poitrine. Mon sexe tressauta. Encore heureux que mon pantalon de travail était large et cachait la bosse qui se trouvait dans mon boxer. 

    - Tu as besoin d'aide, demandais-je, tu veux que j'appelle Annabelle ?

    Enfin, elle me regarda, rouge, timide, mais les yeux emplis d'un désir torride. Houla, elle a ressenti comme moi, j'ai bien l'impression.

    - Non, me répondit-elle doucement, je vais essayer de me débrouiller.

    - Bien, je serais à mon bureau si tu as besoin et dès que tu as fini, appelle moi, je te mettrais dans ton fauteuil. 

    - D'accord.

    Chapitre 4

    Je retourne à mon bureau, je regarde l'heure, bientôt midi. Ouf, je vais aller courir pour me dépenser et canaliser mes pulsions.

    - Taylor ?

    Mon prénom dans sa bouche m'a fait sursauté, je me suis levé et je l'ai rejointe. Elle avait mis son pantalon et son soutien-gorge en coton. Grand dieu.

    - J'ai fait tomber mon tee-shirt, murmure-t-elle.

    Je me suis raclé la gorge, j'ai ramassé le tee-shirt et je lui ai tendu. J'aurais dû repartir, mais je suis resté bloqué. Je m'imagine la bouche ouverte comme dans les Tex Avery, les yeux qui sortent de leurs orbites, la bave qui coule aux coins de ma bouche. 

    Chapitre 4

    Je me ressaisis. Une fois qu'elle l'a enfilé, je la prends dans mes bras et la remets dans son fauteuil. 

    Tu veux que je te raccompagne à ta chambre ? Demandais-je d'une voix enrouée comme si j'avais crié au stade de foot.

    - Non, ça ira, me répondit-elle de sa voix chaude, merci. 

    - Parfait, demain, même heure.

    Je la regarde partir et traverser le couloir pour aller dans sa chambre. Je ferme la porte et pose ma main sur mon sexe proéminent. D'un simple regard, elle arrive à m'émoustiller, alors je n'imagine même pas quand on passera à l'acte, si je décide d'y passer. 

    Je file à mon casier, j'enfile ma tenue de sport et part faire un jogging avant d'attaquer mon programme de l'après-midi.


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